« Phülon », dessins, céramiques et rituels par Elizabeth Saint-Jalmes

Samedi 21 février/ Performance Cérémonie de la Tisane

LE PROJET

Professionnellement nomade depuis 25 ans et récemment installée en Bretagne, Elizabeth re-découvre ce que signifie « vivre quelque part » et se sent particulièrement saisie du désir d’intégrer le dehors et de prendre racines.

Elle a inauguré un nouveau volet de son travail au printemps dernier à la Galerie : PHÜLON, une grande enquête   « cosmo-politique » qui implique des vivant.e.s / animales / végétales, humain.e.s, des invisibles et s’appuie sur des outils d’investigation poétique : sculpture / écriture / dessin.

PHÜLON est un processus artistique qui se décline en quatre mouvements :

  1. Relationnel : Phülon est un projet de rencontre avec un territoire via ses plantes sauvages dites les «pionnières» cueillies, étudiées et transformées en tisanes.
  2. Fictionnel : Phülon est un projet de création d’un « phytographe », ensemble de cartes associant écriture et dessin. Les cartes interprètent les comportements des plantes entre elles et dans leur environnement.
  3. Sculptural : Phülon est un projet de création de céramiques à activer pour déguster des tisanes.
  4. Rituel : Phülon est un projet de rencontre avec un territoire via ses habitant·e·s à l’occasion d’une dégustation de tisanes et du partage du « phytographe ».

LES PLANTES PIONNIÈRES

Les plantes pionnières se développent dans les « milieux incultes », des terres en friche, qui ne se prêtent pas à la culture. Les espèces pionnières transforment les territoires abiotiques (non propices à la vie) en territoires biotiques (propices à la vie).

Elles parviennent à croître dans ces milieux extrêmes grâce à une grande tolérance au stress, à des adaptations physiologiques rapides mais aussi en élaborant des systèmes de coopération avec d’autres agent.e.s du milieu (bactéries, animaux, éléments) autour de la pollinisation, de la reproduction et d’échanges de procédés chimiques pour accéder aux nutriments et aux molécules nécessaires à leur développement.

Elles préparent le terrain pour les successions écologiques ultérieures.

LE PHYTOGRAPHE

Le « phytographe » prend la forme d’un jeu de cartes dans lequel les plantes sauvages dévoilent leurs méthodes d’adaptation et de transformation, leurs manières de mener des relations d’intérêts réciproques et des symbioses.

Le Phytographe est une stratégie consultative qui s’inspire des systèmes relationnels des plantes et propose aux humain.e.s d’en prendre de la graine pour se penser en collectif.

Le  « phytographe » se donne notamment pour objectifs :

• d’entendre et écouter les signes émis par les plantes/ déchiffrer et se familiariser avec la bio-sémiotique.

• Développer la capacité à comprendre les conditions et les étapes des symbioses.

• S’inscrire finement dans une sémiose générale.

• Se penser en tant qu’espèce.

Ajonc d’Europe, Fumeterre de Bastard, Luzerne Lupuline, Plantain Lancéolé, Ortie dioïque, Nombril de vénus, Géranium Pourpre, Ronce, Pariétaire des murs, Silène enflé, Amaranthe  sont les plantes cueillies pour la tisane du premier volet de ce projet. Soigneusement étudiées, elles composent les premières cartes du Phytographe.

 

LES SCULPTURES

Ce sont des pots, des infusoires et petits récipients, des sculptures qui ont pour vocation de contenir et de conserver des herbes préalablement séchées, de les infuser, de les servir et de les déguster.

Les plantes inspirent les formes, au même titre que les cueillettes.

La terre et les émaux sont connectés au lieu, aux types de minéraux présents dans la terre du site, dans les roches.

Les pièces peuvent être réalisées en grès, en grès porcelainique ou en porcelaine engobée et/ou émaillée avec des chimies faites maison.

La matière est ici la maîtresse du temps. Elizabeth se concentre sur ce qu’elle appelle les « coudes », ces bifurcations provoquées par les accidents.

Les pièces naissent d’un état d’affût où se décide l’équilibre précaire entre bons et mauvais plis, affinités, désir et accidents de gravité et de séchage charriés par la terre. Accidents qu’Elizabeth nomme les « farceuses ».

 

LES RITUELS

La tisane des plantes pionnières est une infusion d’attachements CosmoPoliticoPoétiques : c’est la tisane des plantes qui transforment les ruines en milieux vivants.

Autoproclamée « Conversatrice-enquêtrice », Elizabeth lance un processus de recherches qui court de lieux en contextes à travers des rituels évolutifs. Les tisanes y sont bues, les céramiques activées et les cartes partagées.

Les rituels inventés reposent sur le désir de porosité et sur l’imaginaire. Ils laissent une place à l’écoute comme à la loufoquerie. Parfois de la musique est jouée en live via un set de trompe de chasse amplifiée et des pédales d’effet. Les sons sont abstraits et s’inspirent de la ville ou de l’environnement naturel.

La tisane infuse ses principes actifs dans l’organisme. Si la recherche ne porte pas à proprement parler sur l’herboristerie, les rituels de dégustation laissent cependant une place aux échanges de savoirs.

La tisane est une occasion d’ingérer la symbiose des plantes en tant que principes actifs de la création et une invitation à en faire usage comme outil de dissidence et d’émancipation.

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