Et tout est vanité
Pour faire exception à la règle, à partir du 18 septembre et pendant 6 semaines, l’exposition de rentrée propose un focus sur le travail d’un seul artiste : Sébastien Thomazo. L’exposition propose notamment de découvrir deux séries : « longue vie » et « ma contribution à l’effort de guerre ».
« Longue Vie »
A la plume et à l’encre (comme souvent), Sébastien Thomazo fixe sur un beau papier les traits d’oiseaux et d’animaux, familiers ou sauvages, de petites ou de grandes tailles, à l’échelle une ou deux. Mais ces portraits dessinées avec une précision naturaliste et la vivacité qui le caractérise, les pointent dans un état post-mortem, où des circonstances les ont conservés, séchés, momifiés.
Ils apparaissent alors suspendus, pris dans leur élan, d’une beauté qu’on préfère souvent ne pas regarder.
« Sa série Longue vie -la vie la plus longue, celle qui a lieu après la mort-, me frappe tout d’abord par sa paradoxale tendresse, comme un suaire invisible qui enveloppe les momies et les squelettes des animaux dessinés, quasi à taille réelle, sur le mode hyperréalisme et morbide de l’anatomiste. Au fond, ces animaux ne sont pas loin des humains tels que l’artiste les envisage de longue date, en une même quête macabre de la présence au monde. Eux sont beaux et terribles et constituent une bouleversante vanité : oiseaux, chat, renards, crapauds saisis sous plusieurs angles, couples de bêtes recroquevillées, parfois en voie d’effritement, auquel le dessinateur offre une sépulture de papier après les avoir longtemps tenus sous les yeux. » Frédéric Ciriez, écrivain.

« ma contribution à l’effort de guerre »
Cette paradoxale tendresse carbure aussi à l’humour au vitriol et pousse Sébastien Thomazo à réagir à l’air du temps. D’une inquiétude insupportable, faisons un pousse au crime à notre portée… Puisque l’humain partout se lasse de la paix et des rapports civilisés, offrons lui les moyens de satisfaire ses pulsions.
Voici donc, « ma contribution à l’effort de guerre », une série d’assemblages pour le moins contendants, réalisés sans outil électrique et avec un soin d’artisan maniaque et collectionneur.
Rappelons bien sûr que les armes ont toujours offert un terrain d’exception pour l’excellence, la recherche et le raffinement.
Face au dérèglement du monde, la réponse de l’artiste, en bon ermite goguenard retiré dans sa grotte intemporelle : nous donner le moyen de pousser le bouchon, sous la forme d’un objet pulsionnel, ultra-violent mais aussi sophistiqué, instruit et délicat.
(Les photos arrivent. Patience)